Si mes vers avaient des ailes Hugo

Si mes vers avaient des ailes
Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’oiseau.

Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’esprit.

Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient, nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’amour !


If My Words Had Wings

If my words had wings
My verses would fly, soft and frail,
Toward your oh so beautiful garden,
If my words had wings,
Wings like a bird.

They would fly, sparks,
Toward your laughing home,
If my words had wings,
Wings like the spirit.

Close to you, pure and faithful,
They would hasten, night and day,
If my words had wings,
Wings like love!

Offrande Verlaine

Voici des fruits, des fleurs,
des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur
qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas
avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux
l’humble présent soit doux.

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin
vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue
à vos pieds reposée
Rêve des chers instants
qui la délasseront.

Sur votre jeune sein
laissez rouler ma tête
Toute sonore encor
de vos derniers baisers ;
Laissez-la s’apaiser
de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu
puisque vous reposez.

Offering

Here is some fruit, some flowers,
Leaves and some branches?
And here – here is my heart
Which beats only for you.
Do not destroy it?
With your two white hands?
And in your beautiful eyes?
May this humble present seem sweet.

I arrive, all covered in blushing joy
That the wind of the morning?
Has frozen on my face.?
Suffer my fatigue
As I rest at your feet,?
Dreaming of those dear moments
That will revive me.

On your young breast
Let me rest my head,
All ringing still?
With your last kisses.
Let it calm itself
After that pleasant tempest,
And let me sleep a while,
Since you are resting.

L’heure exquise Verlaine

La lune blanche luit dans les bois
De chaque branche part une voix
Sous la ramée. O bien-aimée!
L’étang reflète, profound miroir,
La silhouette du saule noir
Où le vent pleure. Rêvons, c’est l’herure!
Un vaste et tender apisement
Semble descendre du fimament
Que l’astre irise;
C’est l’heure exquise!

The Exquisite Hour

The white moon shines in the forest,
From every branch comes forth a voice,
Under the foliage. Oh beloved!
The pond, a deep mirror, reflects
The silhouette of the dark willow,
Where the wind cries. Let’s dream,’tis the hour!
A vast and tender calm
Seems to descend from the firmament,
Iridescent with stars;
It’s the exquisite hour!

L’ennamourée

Ils se disent, ma colombe,
Que tu rêves, morte encore,
Sous la pierre d’une tombe:
Mais pour l’âme qui t’adore
Tu t’éveilles ranimée,
Ô pensive bien-aimée!

Par les blanches nuits d’étoiles,
Dans la brise qui murmure,
Je caresse tes longs voiles,
Ta mouvante chevelure,
Et tes ailes demi-closes
Qui voltigent sur les roses.
Ô délices! je respire

Tes divines tresses blondes;
Ta voix pure, cette lyre,
Suit la vague sur les ondes,
Et, suave, les effleure,
Les effleure suave,
Comme un cygne qui se pleure!

The Loved One

It they say my dove,
that, although you are dead you still dream
beneath the headstone of a tomb
But for the soul which adores you,
you awaken, reanimated.
Oh thoughtful beloved!

Through the sleepless night with stars,
in the breeze that murmurs,
I caress your long veils,
your flowing hair,
and your wings half closed
which flutter among the roses.

D’une prison Verlaine

Le ciel est par dessus le toit,
Si bleu, si calme…
Un arbre, par dessus le toit
Berce sa palme…
La cloche dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte,
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit,
Chante sa plainte…

Mon Dieu! Mon Dieu!
La vie est là simple et tranquille
Cette paisible rumeur là vient de la ville
Qu’as-tu fait,
Ô toi que voilà pleurant sans cesse,
Dis! Qu’as-tu fait,
Toi que voilà, de ta jeunese?

From Prison

The sky above the roof
Is so blue, so calm…
A tree above the roof
Gently rocks its top…
The bell one sees in the sky,
Softly rings,
The bird one sees in the tree
Plaintively sings…

My Lord! my Lord!
The Life there is simple and quiet
This peaceful rumble comes from the city…
What have you done,
Oh you, who now weeps endlessly,
Say! What have you done,
You, with your youth?

A Chloris De Viau

S’il est vrai, Chloris, que tu ma’aimes
(Mais j’entends que tu m’aimes bien)
Je ne crois pas que les rois mêmes
Aint un bonheur pareil au mien.

Que la mort serait importune
A venire changer ma fortune
Pour la félicitéde cieux!
Tout ce qu’on dit de l’ambroisie
Ne touché point ma fantaisie
Aux pris des grâces de tes yeux!

To Chloris

If it’s true, Chloris, that you love me
(and I have heard you love me well)
I do not believe that even a king
Enjoys a happiness to equal mine.

Even death
Would not really alter
My happiness.
Nothing anyone says of ambrosia
Affects my imagination to the same extent
As the favour bestowed by your eyes.

Fetes gallantes Verlaine

Les donneurs de sérénades
Et les belles écouteuses
Échangent des propos fades
Sous les ramures chanteuses.

C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre,
Et c’est Damis qui pour mainte
Cruelle, fait maint vers tendre.

Leurs courtes vestes de soie,
Leurs longues robes à queues,
Leur élégance, leur joie
Et leur molles ombres bleues

Tourbillonnent dans l’extase
D’une lune rose et grise,
Et la mandoline jase
Parmi les frissons de brise.

Gallant Parties

The singers of serenades
and the beautiful audience
exchange insipid remarks
beneath the singing branches.

Here is Tircis and here is Aminte,
and here is the inevitable Clitandre,
and here is Damis, who, for many a
cruel lady, composes many tender verses.

Their short silk jackets,
their long-trained dresses,
their elegance, their joy
and their soft blue shadows

whirl around in the ecstasy
of a pink and grey moon,
And the mandolin chatters
amidst the flutterings of the breeze.

Le Rossignol des Lilas Léopold Dauphin

O premier rossignol qui vient
Dans les lilas, sous ma fenêtre,
Ta voix m’est douce à reconnaître!
Nul accent n’est semblable au tien!

Fidèle aux amoureux liens,
Trille encore, divin petit être!
O premier rossignol qui vient
Dans les lilas, sous ma fenêtre!

Nocturne ou matinal, combien
Ton hymne à l’amour me pénêtre!
Tant d’ardeur fait en moi renaître
L’écho de mes avrils anciens.

The Nightingale of the Lilies

Oh first nightingale which comes
to the lilacs, beneath my window,
your voice is sweet for me to hear again!
No other accent can compare with yours!

Faithful to the bonds of love,
trill on, divine little being!
O first nightingale which comes
to the lilacs, beneath my window,

Whether by night or in the morning, how deeply
your hymn to love penetrates my being!
So much passion renews in me
the echo of my bygone Aprils.

Phidylé De Lisle

Offre un encens modeste aux Lares familiers,
Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries;
Et tu verras ployer tes riches espaliers
Sous le poids des grappes mûries.

Laisse aux pentes d’Algide, au vert pays Albain,
La brebis qui promet une toison prochaine
Paître cytise et thym sous l’yeuse et le chêne ;
Ne rougis pas ta blanche main.

Unis au rosmarin le myrte pour tes Lares.
Offerts d’une main pure aux angles de l’autel,
Souvent, ô Phidylé, mieux que les dons plus rares,
Les Dieux aiment l’orge et le sel.

Phidylé

Offer a little incense to the Lares Familiares,
Phidyle, fresh fruit, fillets of flowers;
And you shall see your lush espaliers bend
Beneath the weight of ripened clusters.

On the slopes of Algidum, on Alba’s green land,
Let the ewe, soon to be fleeced, remain
To browse cytisus and thyme beneath ilex and oak;
Do not tinge with red your white hand.

Offer your Lares rosemary and myrtle
With unsullied hand at the altar’s edge.
Often, O Phidyle, rather than gifts more rare,
The gods will favour barley and salt.

La dernière valse Donnay/Duvernois

Les feuilles tombent, c’est l’automne.
Tu pars, tout est fini!
Ecoute le vent monotone
Dans la forêt sans nid.
Dans sa tristesse la nature
Révèle à ma raison
Que l’amour est une aventure
Qui dure une saison.

Mais ce soir valsons ensemble,
C’est pour la dernière fois.
Presse encor ma main qui tremble,
Que j’entende encor ta voix,
Et si tu vois des larmes
Qui brillent dans mes yeux,
Peut-être alors mes yeux
Auront des charmes délicieux.

Pour m’étourdir dans ma détresse,
Valsons comme aux beaux jours,
Quand tu jurais à ta maitresse
De l’adorer toujours.
Valsons, valsons, ton bras me serre
Bien fort contre ton coeur;
Et je pense: Était’il sincere
Ou bien toujours menteur?

Dernier baiser, dernière étreinte
Tu pars! Voici le jour!
Une étoile s’est éteinte
Dans le ciel de l’amour.
Cruel, cruel, tu vois les larmes
Qui coulent de mes yeux!
Mais les larmes n’ont plus de charmes
Pour les coeurs oublieux.

The Last Waltz

The leaves are falling, it’s autumn.
You’re going away, it’s all over!
Listen to the monotonous wind
in the forest that is empty of nests.
Nature in her sadness
is revealing to my mind
that love is an adventure
which lasts only a season.

But tonight let’s dance together.
This is our final time.
Clasp my trembling hand once more,
let me hear your voice again.
And if there are tears
glistening in my eyes,
then perhaps that will make them
deliciously charming.

To make me dizzy in my distress,
let’s waltz as in those happy days
when you kept promising me, your mistress,
you would adore me forever.
Let’s waltz, your arm is squeezing me
close against your heart;
And I’m thinking: “Was he sincere
or was he always a liar?”

Last kiss, last embrace!
You are going! It’s daylight!
A star has gone dark
in the sky of love.
Cruel man, you can see the tears
that are streaming from my eyes!
But tears have no charms any more
for hearts that forget.